Nulle nulle part
Par rififi le mardi 9 septembre 2008, 10:40 - Agora - Lien permanent
d'après wikipedia : "On dit qu'une femme est nullipare (de nulli = aucun et pare = parturition ou accouchement) lorsqu'elle n'a jamais accouché. Ce terme est souvent confondu avec le terme nulligeste (de geste = gestation ou grossesse) qui désigne une femme qui n'a jamais été enceinte.
La parité désigne donc le nombre d'accouchement d'une femme. Ce terme obstétrical est utilisé pour désigner le nombre d'accouchement d'une femme..."
Nullipare est donc un terme d'obstétrique, ok. La médecine est remplie de mots barbares qui servent à décrire des situations, des états, et qui sont utiles aux toubibs.
Mais d'où vient cette manie de l'utiliser à tout va pour parler d'une femme qui tout simplement n'a pas d'enfant ?
Il y a dans ce terme une manière de mettre à l'index, de stigmatiser, pointer d'un doigt accusateur toute femme sans enfant fort détestable, que ce soit un choix ou non, d'ailleurs.
D'abord il y a Nulle, t'es une grosse nulle, t'as pas été fichue d'avoir un mome.
Ensuite, il y a cette façon de ramener toute femme à une fonction de poule pondeuse, lui reprocher de ne pas accomplir la seule tâche qui devrait l'occuper : reproduire. Comme si ça ne concernait qu'elle.
Est ce qu'on reproche à un homme de ne pas avoir d'enfant ?
Est-ce qu'il ne peut pas être nullipare lui aussi ?
ou plutôt...
nullispare
nulligerme
nullocorps
null...
C'était mon coup de gueule du mardi matin fatiguée. Mais pas que.
Après tout, je suis peut-être la seule à réagir comme ça, mais je déteste l'utilisation que l'on fait de ce terme médical.


Commentaires
Je ne pense pas que tu sois la seule à réagir comme ça, c'est en effet assez terrible ce terme, et la stigmatisation des femmes sans enfant est sans doute moins forte qu'il y a 50 ou 100 ans, mais ça reste une réalité.
Même dans le contexte médical, c'est assez violent comme terminologie. Belle-maman, qui a eu son premier enfant à 31 ou 32 ans, s'est entendu dire à l'époque par le gynéco qu'elle était une "vieille primipare". Elle a trouvé ça assez moyen !
comme tu disais hier : y'a comme un défaut.
le langage médical est souvent violent quand il est servi sans traduction aux patientes et patients,
là on dirait plutôt que l'emploi du mot médical permet de critiquer sans en avoir l'air.
vous vous rendez compte?! c'est tellement grave de ne pas avoir d'enfant qu'on a créé un mot !
faire des enfants, je ne suis ni pour ni contre, mais la pression à la maternité, ça n'est pas pardonnable.
continuer de gueuler, t'as cent fois raison !
et puis la pression n'a pas toujours besion de passer par la stigmatisation,
le climat ambiant est largement suffisant pour culpabiliser (pubs, couvertures de magazines, utilisation de bébés ou de jeunes parents pour n'importe quel visuel vaguement commercial), sans parler de la fête des mères et celle des pères (plus tardive toutefois).
Je suis bien d'accord d'abord avec toi, Rififi, et aussi avec Ama-L et Arbobo. C'est pas gai...
eh bien justement, je trouve que ce mot est en train de passer de stigmatisation à climat ambiant : au début on s'en moque (c'est moche, etc..), mais on l'emploie et ça va finir par être une qualité comme brune, blonde, grande... ça devient une habitude de l'entendre,et hélas souvent par des femmes
bon ça me rassure, je ne suis pas seule
Non, non t'es pas la seule.
Le mot prend la connotation donnée par la culture du moment.
Qui est celle d'une pression à la maternité, doublée du mythe de la maternité merveilleuse.
Donc on n'est pas rendu-e-s.
(hep: arrêtez de pondre ou faites un minimum d'analyse perso avant)
(oui d'accord, ça c'est l'instit fatiguée qui cause)
(pataper, merci)
'tain de preview
dans ce domaine la culture du moment vient de bien loin
Certes, mais tu noteras que ces .. mettons 10 dernières années appuient plus sur cette chanterelle que, chaipa.. les 70's?
L'autre pays du fromage, heu, je veux dire, le pendant de ce même courant, c'est d'insister pour que les femmes fassent des enfants le plus jeune possible.
Car après 40 ans, fécondité moindre et risques divers.Hé ouais.
Mais on commence à peine à dire que l'âge du père influe sur la qualité de son sperme et qu'il peut être responsable de malformations (dont génétiques, comme la trisomie21).Il était temps, purée.
Or on oublie souvent de poser avec la demande procréer assez tôt dans la vie que
l'enfant se fait préférentiellement à deux (et malgré ce qu'on entend ça et là, rares sont les nanas qui font des enfants dans le dos du père)
la carrière et la retraite sont ralentie pour l'une et abaissée pour l'autre avec la venue d'enfant
que les modes de garde sont difficiles d'accès et les activités ancillaires encore dévolues aux femmes
et qu'à 22 ans on a peu-être envie de continuer ses études et/ou de s'amuser (et non de garder le gamin pendant que monsieur va s'éclater, ça arrive)
etc.
Donc culpabiliser les nullipares, oublier qu'elles peuvent ne pas être nulligestes ( et là, on soupçonne: ciel, aurait-elle avorté??Tssss), pousser les femmes à procréer entre 22 et 27 ans, en oubliant tout le contexte, tout cela me paraît lié, et pour la peine je vais prendre mon p'tit déj, chuis en retard sur mon programme de la journée (créer tôt, penser à ma carrière, tout ça...)
NB: vire mon comm s'il est trop HS
je suis d'accord avec toi, tout ça est lié, et constamment relayé par petites touches.
Pour les derniers résultats d'un sondage natalité en France, un des points qui étaient mis en avant était que les femmes françaises ont leur 1er enfant TARD : ... la trentaine !!!
28-29 ans, oui

Après on est décaties, c'est bien connu
(décatons ensemble !)
l'âge du premier acouchement continue tout doucement de s'élever, on atteint aujourd'hui les 30 ans, ça augmente un peu tous les ans (et le taux de fécondité augmehnte aussi, donc l'âge au 2e et 30e acouchement augmente quasiment mécaniquement)
ce qui laisse entendre que le discours sur l'âge de la grossesse porte relativement peu, mais que la pression ne risque pas de baisser, loin de là
est ce qu'on ne verra pas les effets réels de ces discours dans 5-6 ans ?
j'espère qu'ils ne porteront toujours pas, mais comme effectivement la pression et les diverses incitations au retour de la femme au foyer sont de plus en plus fortes, je n'en suis pas si sure.
"l'âge au 2e et 30e accouchement"
ouch en lisant ca j'ai eu un choc... gaffe où tu mets les zéros , arbibulle
Bon chuis allée voir un peu:
âge moyen des femmes en france au premier enfant:28,7 en 2001, quasi 30 maintenant...
Oui ben le salaire pour les femmes qui restent au foyer (qui *choisissent de* haha) les met ensuite en position de moindre possibilité de retour à l'emploi ensuite, je sais pas où ça en est ce truc là...tiens...
De toute façon, les femmes quoi qu'elles fassent ont tort et le tort tue, c'est bien connu.
Hop, ododo.
Tiens, Samantdi parle de cela :
http://www.samantdi.net/dotclear/in...
Zut, Ardalia m'a doublée !
welcome Ardalia, et merci pour le lien (Anna itou)
Mais malgré les bonnes critiques, ça ne me donne pas envie de lire ce bouquin. Ce n'est pas la maternité ou non-maternité qui me dérange (chacune son histoire), c'est l'utilisation de ce terme médical dans le langage courant, et ce que ça sous-entend comme stigmatisation.
Alors en titre d'un livre..
Quoi ?! T'es nullipare ?!? Mais c'est scandaleux ça !
Personnellement, je suis nullicoucougnettes, mais je trouve ça plutôt trendy : je n'ai pas procréé de gamin avec ma propre zigounette (enfin, je crois), j'en ai rattrapé deux au vol qui étaient déjà faits mais ils ne sont pas à moi (càd que je n'ai aucun droit de propriété dessus, ce qui est tout bonnement scandaleux). Alors, que des sociologues et des journalistes choppent des termes médicaux pour me fliquer, je m'en bats les gesticules grave de chez groove, parce que justement, je trouve la technicisation des relations sociales comme du simple politiquement correct, qui ne fera jamais qu'entériner et poursuivre les ségrégations sociales précédentes, de nouvelles manières (faut vivre avec son temps).
Parmi les ségrégations sociales toujours décriées, celle de ne pas avoir d'enfant, comme handicap un peu coupable. La médicalisation de la définition de ce constat en rajoutant une bien belle couche, certes, mais je crois que les bien-pensants n'avaient pas besoin de ça pour me faire sentir leurs reproches.
En tout cas, pour ma part, depuis 15 ans que je vis avec une femme qui a 20 ans de plus que moi, des gosses à elle et pas à moi, que je n'ai pas de boulot fixe et que je tiens un blog, ce n'est pas dans les mots techniques (souvent sociologiques, mais aussi médicaux, juridiques, fiscaux) décrivant ma situation que je trouve la plus grande cruauté, mais dans le regard et dans ces petits "Ah ?" lâchés quand je décris ma situation matrimo-familiale, sur un ton du genre "Ah mon pauvre, b'en t'es quand même pas complètement normal toi".
L'abject est d'abord là (pour moi).
Mais bon, tu fais bien de t'énerver, je ne connaissais pas ce terme, et il est particulièrement dégueu.
Les nullicortex ont en tout cas une belle carrière devant eux.
christophe, je devrais afficher ton comm sur mon mur comme je tapissais ceux de ma chambre à 15 ans des paroles de chansons qui résonnaient particulièrement pour moi.
tu as réussis à faire couler 3 larmes du stock qui refuse de sortir depuis un bon bout de temps
c'est bien le regard des autres qu'il y a derrière le mot
C'est que tu avais du me refiler très efficacement ta colère. Heureux d'avoir aidé à percer un petit mur.
Bien. On se voit la semaine prochaine. Ca vous fera 45 euros.
PS : j'ai doublé un comm' à supprimmer, et ce serait cool d'accéder aux anciens commentaires aussi dans les articles. merci
je sais, c'est énervant cette histoire de comm, mais comme (haha) chez Ama-L, ça dépend de la plate-forme de Gandi
enfin, je vais redemander s'il n'y a pas moyen d'arranger ça
(le doublon, c'est fait)
Les petits 'Ah?' lâchés dont parle Chisrophe...
C'est vrai que l'injonction à former un couple/une famille 'normale' (mais qu'est-ce que la norme,bond'la?) est agissante...
Un autre exemple est d'être célibataire au milieu de couples.. il est des âges de la vie où ça coince, ça ouvre le soupçon (on naturalise très vite une situation),ça fait peur, ça renvoie à un possible (mon dieu, vivre seul-e?Comment peut on être persan?) etc...