L'autre jour j'ai assisté à un débat : Le combat des femmes, Mai 68 ruptures et continuités
avec Lucille Schmid (Parités Circus), Michelle Perrot (Mon histoire des femmes), et Isabelle Alonso (Même pas mâle) ou il a été d'ailleurs plus question de luttes et de combats encore à mener que de 68 d'ailleurs.
    D'abord, j'ai enfin mis un visage sur le nom d'Isabelle Alonso, ce qui me permet de définitivement tirer un trait sur une confusion que je faisais avec une autre femme, dont je ne sais plus le nom bien-sûr, mais que j'avais trouvé assez détestable un jour, et qui tout en se prétendant féministe véhicule un bon paquet d'idées machistes, en particulier sur la prostitution et la pornographie.
    Ensuite, ça fait du bien d'entendre discuter des inégalités homme/femme, des difficultés et des obstacles encore présents (ou hélas ressurgissant). D'avoir différents points de vue, d'avoir droit à une discussion calme et constructive. Je regrette tout de même qu'il n'ait pas été question de ce qui se passe en ce moment, et en particulier de la possible remise en cause de la
mixité dans les écoles (et aussi ). Pourtant c'était vraiment le sujet d'actualité parfait, une mesure qui découlait directement de 68 et que le gouvernement venait tout juste de remettre en cause.
    J'attendais qu'on puisse poser des questions à la fin, et j'étais décidée à le faire. J'aurais été écarlate, j'aurais eu très chaud tout d'un coup, mais je voulais vraiment savoir ce qu'elles en pensaient. Malheureusement, il n'y a pas eu de débat avec le public, et ça c'est vraiment le truc regrettable. D'autant que j'ai eu l'impression de ne pas être la seule à en attendre la possibilité, quelles qu'aient pu être les questions.
    Le public était essentiellement féminin, il faut bien le reconnaître ; quelques hommes tout de même, mais d'après les quelques hochements de tête que j'ai pu voir, déjà conscients de la nécessité de ce combat. Le public surtout n'était hélas pas très jeune, je devais faire partie de la fourchette basse, c'est pour dire. C'est sans doute du en grande partie à la forme même du débat, il faut bien reconnaître qu'à 16 ou 20 ans je ne me serai pas déplacée pour voir et écouter des femmes parler de féminisme ou de droit des femmes. Ou de tout autre chose d'ailleurs, le débat et la discussion ne sont pas des formes d'échange très attirantes pour les jeunes.

    Parmi tout ce qui s'est dit, il y a eu cette intervention de Lucille Schmidt : "Plus on vieillit, plus on devient féministe" dans laquelle je me suis bien retrouvée. Elle parlait de son expérience de Femme politique, et de l'évolution de son regard sur le milieu professionnel au cours de sa vie, d'étudiante à maintenant.
    Quand on n'est pas dans un milieu où le débat d'idées est couramment pratiqué ou même encouragé (type sciencesPo au hasard, ou l'ENA dans son cas), mais qu'on a toute de même la chance de pouvoir faire des études, on n'est pas vraiment confronté aux différences sociales homme/femme. On a les même droits, les mêmes possibilités, et d'une manière générale on a l'impression de pouvoir tout faire, et surtout que tout cela est normal. On ne se pose pas de questions.
    Les premières remarques commencent à l'entrée dans "le monde du travail".
    Sans avoir de formation comparable à la sienne, je n'ai pas fait de Grande École mais juste l'université, j'ai eu l'impression de connaître le même genre d'obstacle. C'est peut-être aussi une question de génération, puisqu'elle est à peine plus âgée que moi. On a grandi dans les années 70, à une époque où la mixité était normale et une évidence; A une époque où même si il y avait encore des tas de métiers interdits aux femmes, on ne bourrait pas la tête des petites filles en leur disant tu ne pourras pas faire çi ou ça. Disons que les fenêtres étaient ouvertes, par encore les portes, mais de toute façon on n'avait pas encore l'âge de les franchir. Et de fait, je n'ai pas été gêné dans mes choix d'orientation, ni en famille, ni au niveau scolaire.
    Quand j'ai été embauchée, quand j'ai eu un CDI dans mon métier jusque là majoritairement masculin, j'ai eu des remarques : "tu as été embauchée parce que tu es une femme, il n'y en a pas assez", ou "c'est grâce à moi que tu as été embauchée, on a besoin de filles comme toi".
Les gens - les hommes - qui m'ont sorti ça en ont été pour leurs frais, je n'ai jamais remercié qui que ce soit de m'avoir obtenu un emploi que j'ai sollicité sans l'aide de personne, par contre ils ont failli gagner sur un point : l'idée que je ne devais pas ce poste uniquement grâce à mes capacités, mais aussi - surtout - parce que je permettais de légèrement moins faire pencher la balance sexiste. Merci Papa qui m'a ouvert les yeux sur le comportement de mes congénères.
    Toujours est-il que j'ai fait mon bonhomme de chemin, sauf que plus le temps passe, plus on regarde comment se font les promotions, avancements, plus on avance dans la hiérarchie, plus on se rend compte que les femmes doivent se battre davantage, doivent être plus performantes, etc...
    Évidemment ça dépend des métiers, des milieux. Le milieu de la politique doit être un des pires en la matière. Ils ont tellement peur de perdre leurs privilèges les bonzommes.

     Il y a un livre que
j'ai lu bien tard, et que j'aurais aimé qu'on me mette dans les mains plus tôt : "Ainsi soit-elle" de Benoîte Groult. Pour les filles pour qu'elles prennent conscience du monde qui les entoure et de ce qu'il reste à faire. Pour les garçons pour qu'ils prennent conscience du monde qui les entoure et de ce qu'il reste à faire.