Je crois que ça a commencé dès qu'il est entré. Petit homme souriant à la crinière grise, il a commencé par saluer un à un tous les solistes des cordes, et de la main les autres, un peu plus loin. Il a pris le temps de regarder les musiciens, de les saluer, avant de se retourner vers le public, pas trop longtemps.
    Après seulement il est monté sur la petite estrade, sans partition, sans baguette.

    Il est incroyable, d'une souplesse sans pareil, il parle avec son corps. Ou plutôt il chante. On le voit onduler avec la musique, grandir, se tasser. Tout se passe dans une douceur extrême, les instruments suivent, on est fasciné.
    Tantôt boule d'énergie qui insuffle sa puissance, tantôt calme et relaxation pour faire parler la douceur. Il y a des moments où il semble littéralement planer au –dessus de l'orchestre, ses bras se lèvent d'un ample mouvement tels les ailes d'un aigle majestueux en envol ; il porte l'orchestre, les archets se font légers-légers sur les cordes, le souffle des vents se fait aussi doux qu'une fine brise d'été, l'air vibre à peine.
    Je suis fascinée, il est comme étendu au-dessus des musiciens, ses bras le enveloppe, les protège, je ne crois pas avoir déjà entendu un orchestre symphonique jouer avec autant de légèreté, et d'un coup sous l'impulsion d'un mouvement d'épaule, de main, déployer son énergie.
    On dirait qu'il danse avec eux. Sur son petit carré d'environ 1m de côté, il  se déplace avec souplesse et énergie. A droite, à gauche, se penche en avant à basculer, repart en arrière, se plie, se casse, tape du pied mais le pose en douceur avec grâce. Ses bras sont ceux d'un magicien prononçant des incantations, il est danseur de tai-chi. ses pieds seuls bougent en rythme, il se déhanche, Presley des symphoniques.

    La musique semble rayonner de lui, irradier l'orchestre et au-delà, il nous enveloppe à notre tour.
    Pendant le final, tout le monde est tendu à l'extrême. Seiji se penche, se tourne, regard à terre bras contre son corps, tel Elvis d'un mouvement de cheville il se détend, bras projetés vers le fond de l'orchestre. Il monte, il grandit avec la musique. Les timbales sonnent, les cuivres grondent. Pointe des pieds tout s'arrête, il retombe en souplesse et les cordes telles des perles délicates l'accompagnent, pour mieux reprendre de l'énergie et grandir à nouveau.
    Comme lui toujours plus en avant, on se penche, on se ramasse. Tous ensemble il nous mène vers la piste d'élan, d'un magistral shoot envoie l'accord final.
    A peine un temps, une pause, et le public laisse exploser son enthousiasme dans un bel ensemble. Bientôt rejoint par l'orchestre qui à son tour applaudit le chef.
    Le chef applaudit l'orchestre, le public applaudit le chef et l'orchestre...
    Tout le monde semble béneficier encore de l'énergie rayonnante et de la force qu'il a su nous donner à travers la musique.