69, Neil Armstrong fait
un petit pas pour l'homme, un pas de géant pour l'humanité.
69, le Major Tom nous embarque dans un bijou sonore entre la terre
et la lune.
Dans une prod
particulièrement soignée et inventive, jouant de la stéréo encore
débutante sur disque*, et écartant au maximum la scène auditive sur différents
plans, on se retrouve embarqué dans un space mountain tout en
douceur. Devant, derrière ou passant d'un côté à l'autre, le chant doublé
nous emmène dans un vol planant entre guitare et légère rythmique ;
la qualité d'écriture est aussi déjà là, dans un texte tout en double sens
entre space cake et final frontier.
Un peu
fourre-tout,
le disque qui sort dans la foulée n'est pas complètement à la
hauteur du premier titre (d'abord titré « Man of words, man of music» il en
prendra le nom en 72 à la réédition). Le
jeune David n'a pas encore trouvé sa patte définitive et sont en grande partie
influencés par les stars du moment. On passe de ballades pas passionnantes
(An occasional Dream, Letter to Hermione), à un curieux mélange des
Beatles et de Bernstein (West Side Story) sur The Wild Eyed Boy from Freecloud.
On note tout de même l'influence plus heureuse de Dylan sur Unwashed and
Somewhat Slightly Dazed, et surtout Cygnet Comittee où l'on retrouve la qualité
de composition de Bowie et qui comme pour Space Oddity laisse entrevoir le
talent l'artiste qu'il sera.
Le morceau le plus foutraque est tout
de même Memory of a Free Festival, qui démarre à l'orgue comme à la messe pour
finir par un joyeux bazar façon Hair.
Finalement disque inégal, Space Oddity est bien de son
époque.
* Apparté : Dans les années 60 il était assez courant de «fabriquer» un mixage
stéréo à partir de prises de son mono, en passant une des voix par différents
filtres, ce qui finissait par créer un déphasage audible. Il se trouve que
c'est particulièrement sensible sur Space Oddity (plus que sur les autres
titres).
Comme je n'ai pas pu écouter le vinyle de 69 je vais peut-être dire des
bêtises, mais je tente l'hypothèse : il y a une différence très sensible entre
la première version CD du disque, où il y en a sur presque tous les titres et
la nouvelle remastérisée où il n'y a quasiment pas.
Mais c'est particulièrement sensible sur «Space Oddity», le titre. A tel point
que je pense que c'était en bonne partie provoqué, accentué, par choix. Le
déphasage, plus ou moins fort permet de créer différents «plans» sonores qui
mettent plus ou moins en avant la voix ou tel ou tel instrument. Bref, dans le
cas de la chanson l'impression à la fois d'espace et de distorsion temporelle
est renforcée (on lui avait bien dit au major de ne pas manger de space cake
avant de rentrer !).
La version remasterisée supprime en bonne partie tout ça, en plus de gonfler
les basses de façon beaucoup trop lourde et agressive à mon goût (ok, ils ont
remis «Don't sit down» qui avait été retiré en 72, mais était-ce bien
nécessaire ?)