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Live

Ce que c'est de mener une vie de patachon...

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vendredi 14 mars 2008

voyage spatio-Cureturel

    Ça faisait longtemps que je n'étais pas venue à Bercy. Quand j'arrive, la salle est presque pleine, elle ne va pas tarder à être comble. J'ai raté une première partie sans intérêt, et je m'apprête à profiter d'une belle soirée, bien placée grâce à C. qui m'a gardé une place.
    Il y a un peu d'électricité dans l'air, cette impatience et cette excitation qui n'existent que lors de la venue de grands groupes mythique, ce qui fait qu'avant même que ça ne commence on sait qu'on va vivre un moment spécial.

    Je suis loin d'être une spécialiste de Cure, c'est la première fois que je viens les voir, et je me sens un peu petite souris au milieu de tous ces fans. La suite va m'apprendre que ce groupe, sans que je m'en rende vraiment compte, m'a accompagné tout au long de ma vie d'étudiante, et plus encore.

    Les lumières s'éteignent, silhouettes qui se mettent en place simplement, premières notes.

    Je fixe la scène, je ne veux rien oublier. Je prends conscience de mon corps qui reçoit les ondes de tout son être La musique entre par mes yeux et me rempli. Oreilles grandes ouvertes sur les côtés pour capter toutes les réflexions et harmoniques. Dos tendu vers la scène, contracté, immobile, comme pour mieux saisir ce qu'il reçoit. Mains qui se serrent et empoignent les sons. Mes jambes ont pris leur indépendance, et loin de toute tension elles suivent le rythme et dansent sur place toutes au plaisir de la musique.
    Les titres s'enchaînent, à peine interrompus par quelques "meurchi" de Robert Smith, quelques mots que je ne saisis pas toujours. Tous ces tubes je les connais, ou plutôt je les reconnais, entendus maintes et maintes fois ils font partie de mes "bagages", rentrés dans mes valises musicales sans même que je m'en aperçoive.

    J'ai l'impression de vivre un moment unique. Après une matinée fatigante nerveusement, une après-midi fatigante physiquement, je me coule dans le fleuve musical qui m'entoure et me saoule de lumières et de sons.
    Nous sommes seuls, public dans une arène, musiciens dans sur la scène. Seuls dans la lumière qui vient de nous.    
    Espace spatio-temporel. C'est comme si notre havre de paix dérivait en apesanteur dans l'univers noir et glacé.
    Dehors, tout est noir et tout est fureur.
    Dedans, tout est multicolore et tout est douceur.
    Dehors c'est le chaos, la guerre et les attentats.
    Dedans, le public est debout, la scène est vivante.
   Le contraste résonne en moi et m'assaille. Je veux profiter ce ce moment, je veux le garder, pouvoir l'emmener et m'y réfugier.

    Joue, joue, ne t'arrête pas.
  Tant que la musique est là elle nous protège du dehors, elle nous enveloppe. Mes yeux s'abreuvent à la fontaine de lumière qui est devant moi, déjà une fois ou deux ils ont légèrement débordé.
    Hynotisée par les éclats de lumière, remplie de sons qui vibrent et parasitent mes pensées, tout se mélange, ma vue se trouble, et je vois les images projettées derrière le groupe : hommes en arme, hommes qui souffrent, humanité déchirée, rejoignent mon univers et me ramènent sur terre.

    Bercy.
    Ça fait bientôt 2 heures qu'ils jouent et l'ambiance est montée d'un cran, les fans n'en peuvent plus de tous ces tubes qui s'enchaînent.

    Ils reviennent assez vite après une première pose, j'ai l'impression que plus ça va, plus ils remontent loin dans leur carrière, vers les premiers albums ; impression qui me sera confirmée par les spécialistes qui sont avec moi plus tard.
    2°, 3° rappel, c'est comme si on assistait à un concert sans fin, sourires béats sur les visages, corps qui se trémoussent, mains qui clapent, gorges qui hurlent leur bonheur d'être là.
    Robert ne veut pas partir, il traîne sur scène, ramène sa troupe pour un dernier titre, arraché au diktat horaire de la salle.
    Point d'orgue magnifique.
    c'était Grand
    non, Enorme

    en fait, c'était Monstrueux
    ...

jeudi 4 octobre 2007

Seiji

    Je crois que ça a commencé dès qu'il est entré. Petit homme souriant à la crinière grise, il a commencé par saluer un à un tous les solistes des cordes, et de la main les autres, un peu plus loin. Il a pris le temps de regarder les musiciens, de les saluer, avant de se retourner vers le public, pas trop longtemps.
    Après seulement il est monté sur la petite estrade, sans partition, sans baguette.

    Il est incroyable, d'une souplesse sans pareil, il parle avec son corps. Ou plutôt il chante. On le voit onduler avec la musique, grandir, se tasser. Tout se passe dans une douceur extrême, les instruments suivent, on est fasciné.
    Tantôt boule d'énergie qui insuffle sa puissance, tantôt calme et relaxation pour faire parler la douceur. Il y a des moments où il semble littéralement planer au –dessus de l'orchestre, ses bras se lèvent d'un ample mouvement tels les ailes d'un aigle majestueux en envol ; il porte l'orchestre, les archets se font légers-légers sur les cordes, le souffle des vents se fait aussi doux qu'une fine brise d'été, l'air vibre à peine.
    Je suis fascinée, il est comme étendu au-dessus des musiciens, ses bras le enveloppe, les protège, je ne crois pas avoir déjà entendu un orchestre symphonique jouer avec autant de légèreté, et d'un coup sous l'impulsion d'un mouvement d'épaule, de main, déployer son énergie.
    On dirait qu'il danse avec eux. Sur son petit carré d'environ 1m de côté, il  se déplace avec souplesse et énergie. A droite, à gauche, se penche en avant à basculer, repart en arrière, se plie, se casse, tape du pied mais le pose en douceur avec grâce. Ses bras sont ceux d'un magicien prononçant des incantations, il est danseur de tai-chi. ses pieds seuls bougent en rythme, il se déhanche, Presley des symphoniques.

    La musique semble rayonner de lui, irradier l'orchestre et au-delà, il nous enveloppe à notre tour.
    Pendant le final, tout le monde est tendu à l'extrême. Seiji se penche, se tourne, regard à terre bras contre son corps, tel Elvis d'un mouvement de cheville il se détend, bras projetés vers le fond de l'orchestre. Il monte, il grandit avec la musique. Les timbales sonnent, les cuivres grondent. Pointe des pieds tout s'arrête, il retombe en souplesse et les cordes telles des perles délicates l'accompagnent, pour mieux reprendre de l'énergie et grandir à nouveau.
    Comme lui toujours plus en avant, on se penche, on se ramasse. Tous ensemble il nous mène vers la piste d'élan, d'un magistral shoot envoie l'accord final.
    A peine un temps, une pause, et le public laisse exploser son enthousiasme dans un bel ensemble. Bientôt rejoint par l'orchestre qui à son tour applaudit le chef.
    Le chef applaudit l'orchestre, le public applaudit le chef et l'orchestre...
    Tout le monde semble béneficier encore de l'énergie rayonnante et de la force qu'il a su nous donner à travers la musique.

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