On y rentre comme on entre dans
l'eau, du bout des pieds qu'on laisse chatouiller par l'écume jusqu'à recouvrir
les chevilles. On reste un temps l'eau jusqu'aux genoux, à lire quelques pages
et reposer, le temps d'être bien à l'aise, entre légèreté marine et pesanteur
terrestre. Puis on se coule avec délice entre les pages comme on se laisse
porter par l'eau.
Comme des vaguelettes incessantes, courtes et délicates, qui viennent mollement
bruisser sur la plage par temps calme, on se laisse embarquer par le rythme
nerveux et plein de l'énergie inlassable de la houle. On s'accroche à la
lecture comme on reste fasciné devant la mer, comme on reste assis dans le vent
sur un bout de rocher ou une falaise à regarder le bal des cormorans.
La Hague,
près des atomes et du temps présent, un récit hors du temps qui mêle les
époques et les générations entre souvenirs, légendes, secrets cachés, tendresse
et haine rancunière. La mer, un village, une communauté de gens un peu à
l'écart, des vies passées et présentes qui se croisent et se revivent. La
difficulté de vivre après la mort de l'autre, l'impossible attente de ceux que
la mer a gardée. Une histoire, des histoires qui se croisent et s'entre-mêlent,
des personnages entiers qui tous portent une fêlure, une part d'intime solitude
qui les rend vrais et attachants, rayonnants.
Je voudrais voir La Hague, vivre ce temps hors du temps, qu'il reste encore
quelques pages.
Claudie Gallay -
Les déferlantes - Editions du Rouergue